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L'atelier

Reportage

Ce qui se passe entre la planche et la pièce

Une commande commence toujours par une visite. Nous mesurons, nous regardons la lumière, nous repérons le mur qui gîte de deux centimètres — il y en a toujours un. De retour à l'atelier, le dessin se fait à la main avant de passer au plan coté : c'est plus lent, et c'est là qu'on voit si une proportion sonne juste.

Vient le choix du bois. Nous travaillons le chêne, le noyer et le frêne, achetés en plots chez deux scieurs de la vallée et séchés au moins trois ans. Une planche se choisit à l'œil et à l'oreille : le fil, les nœuds, le son qu'elle rend quand on la frappe. Deux planches du même arbre ne donneront pas le même meuble.

L'usinage prend quelques jours, les assemblages beaucoup plus. Queues d'aronde, tenons-mortaises, chevilles de bois : nous montons comme on montait avant, parce que ces assemblages tiennent quand la colle a lâché. Le ponçage se fait en cinq passes, à la main pour les dernières.

La finition ferme la marche : huile dure ou vernis mat, jamais de film plastique qui blanchit au premier verre renversé. Puis nous venons poser, nous ajustons sur place, et nous emportons nos copeaux en partant. L'atelier reste ouvert ensuite : une pièce qui vient d'ici se répare ici.

Les trois essences de la maison

  • Chêne de pays

    Dur, franc, il marque le temps sans se salir. C'est le bois des tables et des escaliers : celui qu'on transmet. Séché trois ans minimum avant la première coupe.

  • Noyer

    Sombre, veiné, presque théâtral. Réservé aux pièces qu'on regarde : façades de bibliothèque, plateaux de bureau, portes d'entrée. Plus rare, donc plus cher.

  • Frêne

    Clair et nerveux, il supporte les portées longues sans fléchir. Notre choix pour les étagères murales et les structures fines qui doivent rester discrètes.

L'atelier, sans mise en scène

Établi encombré, copeaux et outils en contre-jour
L'établi, en fin de journée.
Rabot à main posé sur une planche, sciure autour
Le rabot de mon grand-père, toujours en service.
Les mains poussent une pièce de bois sur la scie
La coupe : on ne la reprend pas deux fois.
L'atelier vu d'ensemble, l'ébéniste au travail
Cent vingt mètres carrés, une seule paire de mains.
L'atelier au petit matin, la lumière rasante sur les établis
Sept heures : on commence par balayer.
Les deux mains sur le rabot, les copeaux qui volent
Cinq passes de ponçage, les deux dernières à la main.

Venir voir

Poussez la porte un samedi matin

L'atelier est ouvert sur rendez-vous le samedi. On vous montre les essences, les assemblages, et les pièces en cours — sans rien vous vendre ce jour-là.